Les lectures partagées à distance !

PARTAGE DES COUPS DE COEUR LECTURES !

Présentation de L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, par Sylvie

Présentation d’Histoire à parts égales de Romain Bertrand, par Sylvain

Présentation de Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard, par Ségolène

Présentation de The end par ZEP des éditions Rue de Sèvres, par Mathieu

Présentation de Les croix de bois de Roland Dorgelès, par Alexandre

Présentation d’Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier, par Agnès

Présentation d’Impossible d’Erri de Luca, par Brigitte

J’ai envie de vous parler d’un petit livre que j’ai lu cet été à la montagne. C’est le dernier roman de l’écrivain italien
Erri de Luca, « Impossible », paru chez Gallimard.
C’est l’histoire d’un montagnard, qui ressemble par bien des points à l’écrivain lui-même.
Cet homme est accusé d’avoir fait chuter dans le vide, au cours d’une sortie en montagne, un ancien compagnon de lutte qui l’a trahi et dénoncé il y a longtemps, dans leur jeunesse, ce qui lui avait valu un long séjour en prison.
Le livre retrace la suite des interrogatoires auxquels il est soumis dans un face à face avec un jeune juge. On y voit comment, envers et contre tout, il maintient ses déclarations sur le déroulement des faits, comment il reste inébranlable malgré les tentatives et manœuvres du juge pour l’amener à avouer.
Au cours et autour de ces entretiens, qui se passent dans un climat qui reste courtois, c’est toute une réflexion sur la vérité, la sincérité, l’engagement, la fidélité… qui se développe.
C’est aussi une ode à la vie, à la montagne, à l’amitié, à l’amour…
Un petit livre (176 p) qui se lit d’une traite, mais c’est superbe, d’une grande humanité et d’une grande sérénité.

Présentation de Toutes les histoires d’amour du monde de Baptiste Beaulieu, par Ingrid

Jean, jeune médecin de 35 ans, part à la découverte de son grand-père, Moïse, à travers des lettres découvertes dans un grenier. Moïse, décédé quelques mois plus tôt, était un taiseux qui passait tout son temps dans un fauteuil à écouter de la musique classique. Grâce à ces lettres écrites une fois par an à la même date par son grand-père à une certaine Anne-Lise Schmidt, Jean va découvrir sa véritable histoire et une autre facette de sa personnalité.
Au fil des lettres, nous découvrons en même temps que lui l’enfance de Moïse entre une mère peu aimante et un père mort pendant la première guerre, son adolescence puis son combat pendant la deuxième guerre et surtout sa vie amoureuse. C’est une histoire à deux voix car en parallèle de ce récit, Jean nous parle de sa propre existence et des recherches dans lesquelles il se lance pour percer le mystère de son grand-père.
Entre ses deux hommes se trouve Denis, fils de Moïse et père de Jean. C’est lui qui découvre les lettres et les apporte à Jean avec qui il est en froid depuis le décès de Moïse. C’est pour lui que Jean part sur les traces de son grand-père.
Le début du livre demande un peu de concentration car il faut se repérer dans le temps et dans les personnages mais ensuite, on se laisse embarquer dans cette histoire incroyable et on a du mal à lâcher le livre ! Cette histoire nous parle de la vie, de ses joies, de ses déconvenues, des non-dits et surtout d’amour ! Cela donne envie d’en savoir plus sur celles et ceux qui nous entourent et dont peut-être on ne connait pas tout…

L’auteur :
Comme le narrateur de cette histoire, Baptiste Beaulieu est un jeune médecin généraliste.  Il est également romancier et « Toutes les histoires d’amour du monde » est son quatrième roman. C’est sûrement aussi celui dans lequel il se livre le plus. Il s’est fait connaitre par son blog « Alors voilà » dans lequel il a commencé à écrire des chroniques de sa vie de jeune interne à l’hôpital et avec lequel il souhaite réconcilier soignants et soignés. Il tient également une chronique le lundi matin sur France Inter. C’est un homme d’une grande humanité qui arrive à capter le meilleur dans les petits actes du quotidien et notamment dans les quotidiens des soignants.

Présentation de Là où les chiens aboient par la queue d’Estelle Sarah Bulle (Ed. Liana Levi) par Lauriane

C’est un premier roman qui a reçu de nombreux prix. Estelle Sarah Bulle est née d’un père guadeloupéen et d’une mère franco-belge.

C’est l’histoire d’une famille, la famille Ezechiel en Guadeloupe depuis la fin des années 40. Les chapitres sont écrits du point de vue de chacun des membres importants de la famille : Antoine, Lucinde et Petit-frère (tous frères et sœurs). C’est la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne, à la recherche de son identité, qui recueille leurs souvenirs d’enfance campagnarde, Pointe-à-Pitre avec ses dualités, à la fois belle et dure (taudis, bidonvilles), le commerce en mer des Caraïbes, l’exil des jeunes vers la métropole en quête de travail.

J’ai aimé l’écriture à la fois simple et pleine de vie, mâtinée de créole. J’ai aimé découvrir la Guadeloupe tiraillée entre son passé et ses traditions et l’attrait de la modernité.

Présentation d’Apeirogon de Colum McCann par Michèle

Colum McCann est un auteur irlando-américain, très marqué par les violences de la guerre civile irlandaise qui a opposé les Irlandais entre eux et à l’Angleterre tout au long du xxème siècle.

Il a créé il y a quelques années un collectif « Narrative 4 » où des jeunes sont amenés à se rencontrer et écrire leurs récits qu’il vont s’échanger.  L’association  s’est construite autour d’un concept fort, celui de « l’empathie radicale » : favoriser des rencontres entre des jeunes venus d’horizon différents, de cultures, de vécus différents pour se raconter et écouter l’autre, contribue, énonce la charte de l’association, à repousser le cynisme et la désolation, donner la place à l’espérance. Par la force du récit et de l’écrit .

Dans ce dernier ouvrage, McCann s’affronte à un conflit qui déchire le Moyen Orient , et bien plus, le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Il nous fait connaître un aspect de ces deux sociétés que l’on connaît peu en général, tant les haines et les passions sont clivantes de part et d’autre. Il nous fait rencontrer à travers leurs récits qu’il a recueillis et réagencés, un Palestinien Bassam Aramin et un Israélien Rami Elhanan. L’un n’a connu que la dépossession, la prison et les humiliations, l’autre est fils d’un rescapé de la Shoah, ancien soldat de la guerre du kippour. Tout deux ont perdu une fille, adolescente. L’une victime du tir dans le dos d’un soldat israélien en 2007, l’autre victime de l’explosion  de 3 kamikazes  sur une  grande avenue de Tel Aviv, 10 ans avant.

Le livre, dans une construction totalement symétrique et mêlée à la fois, chemine à travers les récits de ces 2 hommes, nés pour se haïr. Chacun d’eux, dans leur douleur, vont s’interroger: que faire de cette violence, que faire de notre haine, qu’est-ce que la justice, comment rendre justice, qui sommes nous, quelle est notre identité…

Par des hasards de rencontre ou emmenés par leur fils, ils vont être mis en relation l’un avec l’autre. A eux d’eux  -avec d’autres- ils créent en 2005 l’association des Combattants de la paix. Au départ ses membres se posaient tous la question  : qu’est-ce qu’être un combattant ? et ils ont tous en commun  d’avoir  voulu tuer un homme… Ils ont aussi en commun de refuser de se voir comme victime. Rami, l’Israélien, était déjà membre de l’association fondée en 1995, « Le cercle des parents endeuillés », où se rencontrent les familles des 2 mondes, également touchées par la mort d’un de leurs enfants. 10 ans après lui, il verra y arriver son ami Bassam. Ils ont tous en commun d’avoir,  de par ce drame, tué leur peur. Bassam et Rami  sillonneront leur pays et le monde, racontant leur histoire. Ils organisent des actions de protestation, actions de solidarité, des formations à la non-violence…

En toile de fond du livre, on voit le quotidien de l’occupation, les réalités de la société israélienne, mais aussi, on entend l’histoire intime  de chacun, la culture qui tisse son quotidien, ce qui fait son humanité…

Il existe environ 120  associations de ce type entre Israéliens et Palestiniens, dont on parle rarement.

C’est un livre magnifique, écrit dans une langue réaliste et poétique à la fois. L’Apeirogon est une  figure géométrique qui peut se décrypter à l’infini et où, à partir d’un point, on peut atteindre  n’importe quel point à l’intérieur du tout, où, écrit Maccann, tout est possible, même apparemment l’impossible.

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