Conférence gesticulée – Aux frontières du droit

20H30 – Vendredi 10 mai

La conférence

Ils-elles croyaient que la France était le pays des droits de l’homme.
Je le pensais aussi à la sortie de l’école d’Avocat. A travers mes client-es, je découvre la réalité du Bureau des étrangers à la Préfecture, des Centres d’accueils pour demandeurs d’asile, du 115 (numéro d’appel d’urgence
pour les sans-abris),… et des salles d’audience bien sûr.
Le Conseil Constitutionnel nous dit que la différence faite dans la loi entre français-es et étranger-es n’est pas discriminatoire parce qu’elle poursuit un « but légitime ».
Mais qu’est-ce qui légitime les atteintes au droit des personnes étrangères de mener une vie familiale normale ? À l’intérêt supérieur de leurs enfants ? A l’accès à un juge indépendant et impartial ?
Je vous propose ce voyage aux frontières du droit, qui questionne le but et la légitimité de la politique d’immigration.

C’est quoi une conférence gesticulée ?

C’est un spectacle vivant.
Mais un spectacle vivant d’un genre bien particulier. Le ou la gesticulant-e se raconte, part de son récit de vie (les « savoirs chauds »), et en propose une analyse éclairée par des éléments théoriques (les « savoirs froids »), ce qui ne donne pas un savoir tiède, mais un orage !

C’est un acte d’éducation populaire.

En montant sur scène, la ou le gesticulant-e, qui n’est pas un-e professionnel-le du spectacle, s’approprie un
espace qui ne lui est pas dédié, et fabrique de la culture, c’est à dire de l’explication politique à partir de ce « savoir illégitime », « savoir populaire » qu’est son expérience de vie.

C’est un objet politique.

Quels que soient les sujets qu’elles traitent, les conférences gesticulées ont toutes en commun pour objectif
de révéler les rapports de domination et d’exploitation à l’œuvre dans notre société, et d’inciter à
l’action collective en vue de les combattre.
Les gesticulant-es « livrent une intimité pour rendre compte des raisons pour lesquelles
cette colère politique les anime, rendre compte du pourquoi de l’engagement.
Une subjectivité qui dit le monde et la nécessité de le transformer »

Quelques mots sur la gesticulante : Julie Allard

Au collège déjà, je savais que je voulais devenir avocate. A l’époque, ce qui m’animait, c’était de prêter ma voix aux plus faibles, combattre les inégalités…
Quand j’ai prêté serment en 2010, j’ai choisi de me consacrer à la défense des personnes étrangères.
En parallèle, j’ai longtemps cherché le moyen d’incarner politiquement ces convictions que je portais en moi,en m’investissant dans diverses associations, collectifs, partis et mouvements plus ou moins politiques…
Je suis aussi devenue maman, ce qui m’a amenée à me questionner sur mon positionnement éducatif, et sur le rapport de domination entre adultes et enfants.
J’ai découvert l’objet conférence gesticulée à un moment où je me questionnais sur mon avenir professionnel, où je ressentais le besoin de relever le nez des situations individuelles de mes client-es, pour prendre le temps d’une analyse plus structurelle.
Le stage « Mont’ ta conf’ » que j’ai suivi entre novembre 2017 et février 2018, organisé par l’Université Populaire de Nantes, et animé par Anthony Pouliquen, m’a permis de mener cette réflexion, bien au delà de ceque j’espérais.